La Conférence du stage et puis l’Olympia et puis c’est tout. Je crois.

Dans la série « tiens, je revis, les petits oiseaux chantent et les papillons volettent », j’ai tenté, il y a peu, le Concours de la conférence du Stage.

La Conf, qu’est ce donc?

Tous les ans, le Barreau de Paris désigne ses rock-stars, les douze « Secrétaires de la Conférence », de jeunes avocats élus à l’issue d’un concours jugeant de l’aptitude oratoire et de la capacité de conviction des candidats. Durant un an, ces jeunes confrères remplissent un rôle de représentation, organisent des le Concours de la Conférence, la Conférence Berryer ainsi que la petite Conférence et prennent en charge la défense pénale: ils assurent diverses permanences pénales, et contribuent à la  défense d’urgence dont se charge le jeune Barreau dans son ensemble.

Le concours consiste en trois épreuves, les trois tours de la Conférence,. A titre d’exemple, ce soir, pour la 4ème séance du 1er tour, l’invité sera M. Jérôme Garcin. Et les sujets proposés aux candidats sont les suivants:

1- Faut-il tenir sa langue ?

2. La critique est-elle féroce ?

J’ai donc tenté ma chance, sur le sujet « faut il tout recommencer? », traité par l’affirmative. Je devais donc convaincre, que oui, il fallait tout recommencer.

Je ne sais pas si j’aurai l’honneur d’accéder au deuxième tour (résultat en juillet), mais, en tous cas, je me suis beaucoup amusée.

Je suis très fière d’avoir osé le faire. Et puis, soyons honnête, passer des heures à travailler un texte non juridique, travailler son style, chercher la tournure de phrase qui aura une chance de gagner l’attention du public, tenter d’être drôle, essayer des jeux de mots pourris, et entendre, à la fin, quelques rires, voir des regards surpris, avoir l’impression que ses mots portent, c’est un plaisir, et un vrai baume d’estime de soi. J’ai eu l’impression d’être le Mick Jagger de la 1ère chambre du TGI, pendant au moins 10 minutes.

It’s only rock’n roll and I like it!

En parlant de spectacle, et de presque rock star, la semaine dernière, je suis allée à l’Olympia, à la découverte de Pierre Lapointe, chanteur québécois. Je dis à la découverte car, effectivement, j’y suis allée sans savoir où je mettais les pieds et les oreilles, pour accompagner celui à qui j’avais offert les places. Et je dois dire que je ne l’ai pas regretté.

Vous voyez le cliché du chanteur français tel que le décrivent ceux qui n’aiment pas la chanson française? Le mec qui gratouille sa guitare, en chantant pas super bien, dans un spectacle minimaliste?

Ben vous oubliez.

Pierre Lapointe, c’est du spectacle, des textes, un mouvement de balancier entre l’humour et la tristesse, le rock et les ballades. C’est une très très belle voix, très bien exploitée. Des chansons qui ne sont pas loin de vous tirer des larmes, et puis, l’instant d’après, de l’énergie, de l’auto dérision, de l’ironie.

Ce qui m’a vraiment plu, dans ce que j’ai découvert, c’est l’aspect visuel du spectacle, le travail sur les clips que j’ai eu l’occasion d’apercevoir ensuite sur le net. J’ai eu le sentiment d’être face à un artiste complet, un chanteur et un musicien, certes, mais aussi un artiste visuel, et une vraie plume.

Bref, un vrai bon concert à l’Olympia.

Oui, la mer, cela fait cliché…

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Mais néanmoins, cela me fait plaisir de poster ici ce petit bout de mon dernier week end.
Donc, après ce long silence, quelques nouvelles. En résumé, j’ai soigné ce qui ressemblait à un burn out, j’ai changé de cabinet, j’ai coupé les ponts avec celui qui occupait mes pensées et certaines nuits, j’ai perdu seize kilos, Voilà. C’est déjà pas mal je pense.

Vide-dressons!

Une petite note , pour vous dire que je m’aventure, pour la première fois, dans les terres modesques du videdressing.

Et que déjà, les hystéros de la fashion, qui me harcèlent à base de « tu acceptes les échanges? », « pourquoi tu réponds pas à mon MP, j’ai vu que tu étais connectée » et autres exigences abusives me fatiguent. Ouais, je suis une fille ouverte et sociable dans l’âme, je sais.

N’empêche, je vide-dresse! Parce que j’ai ouvert les yeux, hallelujah, comme dirait le noyé du Mississipi!

Certes, les piles de fringues chez moi s’expliquent par le manque de rangement.

Certes, il est nécessaire que j’achète une armoire.

Mais, avant tout, il serait peut être bon que je retire de ma commode ce que je ne mets jamais, parce que c’est un peu trop étroit à la poitrine (ben ouais… c’est ma croix, un peu…), un peu trop court pour que je sois à l’aise en exhibant mes jambons, un peu trop large depuis que j’ai maigri, etc…

Donc, si cela vous tente, vous pouvez zieuter par là: http://www.videdressing.com/le-vide-dressing-de-mariemath/us-56616.html

Sinon, bientôt, très bientôt, une note sur ma librairie préférée, sur les derniers bouquins que j’ai aimé, sur mes dernières expos, quelques photos de vacances, etc etc.

Je sais, je ne maîtrise pas vraiment l’air du teasing ^^

Cohérence, deux

Le soleil est de retour sur mon île anglo-normande, et je m’apprête donc à partir me balader au grès des Liberty Bus.

Je m’aperçois que j’ai vraiment, vraiment, beaucoup de difficultés à ralentir. J’ai la tête occupée par l’article auquel il faut que je travaille, mais je ne parviens pas à m’y mettre. Je vais de site historique en musée, sans parvenir à me poser à une terrasse ou sur un coin de plage et à juste glandouiller.

Je suis pourtant assez dilettante de nature, mais là, je ne sais pas, cela se bouscule dans ma caboche: ma situation professionnelle, est-ce que j’aime vraiment mon métier?, les inquiétudes financières (oui, je pense que j’aimerai plus ce métier quand on me versera régulièrement l’argent que l’on me doit. Je sais, je suis bassement matérialiste ;-)), les hommes, la vie, la trentaine, et ma balance contrariante.

Car oui, je suis contrariée par mon pèse-personne.

Il y a un an, j’ai commencé à consulter le docteur Z. En novembre, il m’a conseillé de me peser, ce que je ne faisais plus depuis des mois. J’ai acheté une balance, je suis montée dessus, et j’ai tenté de ne pas paniquer en voyant le nombre qui s’affichait.

Et puis, petit à petit, le déclin s’est amorcé. 13 kilos en moins, en neuf mois.

J’ai douté de la réalité de la perte, si facile, en mangeant ce que je veux. J’ai donc tenté de monter sur la balance avec deux bouteilles d’eau dans les mains, pour voir si la balance voyait la variation: elle la voyait. Je me suis donc décidée à la croire.

J’ai acheté de nouveaux pantalons: les chinos du monop, que j’achetais en 48, désormais en 46.

J’avais pris mes mesures, pour des commandes en ligne. Elles me disent que j’ai perdu 4 cm de tour de mollet (merci les mesures pour duoboots^^), de tour de hanche et de taille.

Sauf que ma balance est tombée en panne. J’ai changé les piles, elle refuse de se rallumer.

J’en ai donc racheté une, dans le bazar du coin.

Et là, le drame. Horreur et damnation, enfer et styx: cette salope de balance m’ajoute 10 kgs par rapport à la dernière pesée, sur sa prédécesseur.

Panique.

Peut-être n’ai je pas maigri?

Est-ce que je me pourrais pas me mentir à moi même à propos des vêtements dans lesquels je flotte? La modification de mes mensurations est peut être due à mon imprécision en mesurant! D’ailleurs, les gens me disent peu que j’ai maigri!

Paumée, donc. Hâte de revoir le dr. Z pour lui en parler…

Heureusement, il y a une chose dans ma vie dont je ne peux douter: l’incroyable sens de l’humour de mon boss. Qui, selon l’une des autres collab, qui vient de m’envoyer un mail, envisagerait de partir en vacances à Miami. Alors qu’il doit à chacune de ses collab quelques milliers d’euros, soit disant pour cause de difficultés financières. Comme dirait l’autre, où y a de la gêne, y a pas de plaisir. Et les cons, ça ose tout, c’est même à cela qu’on les reconnait, ma bonne dame!

Holidays!

Et voilà, train, bateau, vacances!

Et pour commencer, quelques jours seule à Jersey, parce que Victor Hugo et un reste d’influence d’une série télé d’enfance, dont j’ai oublié le nom: un flic, des fleurs, les falaises, la mer, des vélos.

Dormir, lire, écrire, se balader, glandouiller dans la piscine de l’hôtel (ai-je déjà dit à quel point j’aime les promos Booking? Et à quel point ce serait cool que mon cab me paie, finalement ;-)).

Sinon, puisque l’on est dans la catégorie « états d’âmes, humeurs et petites fleurs », et qu’il y a peu de petites fleurs en vue, je suis un peu partagée sur le fait de partir seule en vacances.

Assez fière de ne pas avoir attendu que mes amis se décident sur une destination et/ou une date, assez fière de me dire que je ne dépend pas d’un homme, que je suis indépendante, que si je veux partir je le fais. Qu’après deux ans et demi, presque, à subir l’inconstance de Mister D., je peux faire ce que je veux, quand même, il me reste une once de caractère.

Mais un peu peur aussi que ce soit plus une résignation qu’un vrai choix, un premier pas vers ma future vie de vieille fille éternelle.

Oui, j’ai un peu tendance à avoir un référentiel très « jane-austenien » ^^.

Bref, paraît qu’il faut que j’analyse moins, et  y a un english breakfast qui m’attend!

PS: j’ai bien noté les remarques sur la taille de la police^^

Cohérence, quand tu nous tiens !

Hier, 17 heures, mon boss revient de son week-end en Normandie, s’exclamant « bon, alors, on s’y met? »

Pour ma part, je m’y étais mise depuis 9 heures 30 ce matin, mais passons…

19 heures, autant dire en début d’après-midi, je me casse et lui dit au revoir. « Déjà », me dit-il.

C’est pas comme si j’attendais encore qu’il me verse ma rétrocession d’honoraires de juin…

Marieversaire

Aujourd’hui, c’est mon Marieversaire.

32 bougies, qui ont un petit peu de mal à passer.

32 ans, et 12 kgs de moins que l’année dernière.

Un boulot qui est loin de m’épanouir, le sentiment de ne pas être à ma place. Une colère quotidienne qui se transforme en cheveux qui tombent et en joli eczéma, puisqu’il paraît que, quand on est grande, on ne claque pas les portes en exposant rageusement ce que l’on pense vraiment.

Une vieille histoire foireuse qui n’en finit pas de mourir médiocrement d’une part; une amitié-amoureuse charmante et agréable, mais pas transcendante, d’autre part.

Je lis les messages que l’on me laisse pour mon anniversaire, sur Facebook, par sms, etc… Le fait que l’on pense à moi me touche beaucoup, mais, comme d’habitude,  je ne peux m’empêcher d’être blessée par les messages normalisés de quelques uns qui sont censés m’être proche. J’essaie de relativiser, consciente d’être trop sensible, trop exigeante, encore plus à fleur de peau en ce moment qu’à mon habitude (et pourtant!^^) et de surinterpréter le moindre mot (mon côté littéraire^^).

Cependant, même si je vais probablement passer ma soirée au cab, tout n’est pas noir:

– le week end prochain, je retourne dans ma province natale voir ma famille;

– le we d’après, je fête mon anniv avec mes amis (et je vais tenter de ne pas avoir peur que personne ne vienne^^);

– le we suivant, je vais à Londres voir les Stones.

Et puis vacances!

Donc, sourions!🙂

Faim, dis donc.

Un petit billet matinal, pour cause de réveil trop précoce, à 5 heures du matin.

Je rentre d’un week-end chez ma mère, où j’ai eu l’impression qu’une entreprise de gavage était à l’oeuvre. J’ai mangé plus en deux jours, je pense, que pendant une semaine seule à Paris.

Par conséquent, du fait de cette impression d’avoir trop mangé, mauvais réflexe, hier soir, de retour à Paris: à peine posé mon sac dans ma chambre, je me suis retrouvée les pieds sur la balance pour vérifier que les neuf kilos disparus n’avaient pas réapparus.

Je me donnerais des baffes parfois!

Ce matin, réveil mal à l’aise, sans vraiment identifier pourquoi. Un moment à me retourner, à tenter de trouver le sommeil. Crampes à l’estomac, nausées. En fait, j’ai faim. 

J’ai faim alors que j’ai passé le week end à manger?

Je crois que c’est dû au fait que j’ai pris l’habitude de rentrer du taff vers 21h au plus tôt, et de grignoter un truc entre 22h et minuit. Or hier soir, pour cause de train à 20h, j’ai dîné, sur les instances maternelles, vers 19h,sans avoir vraiment faim d’ailleurs. Du coup, toute décalée, j’ai faim très tôt, trop tôt.

Et c’est l’occasion de me confirmer qu’au-delà de l’amaigrissement, ce qui me plaît, dans les consultations auprès du docteur Z, c’est la démarche intellectuelle que cela induit. On ne me donne pas d’ordre, pas de directive, on ne me demande pas bêtement d’appliquer des règles nutritionnelles que l’on reniera dans six mois. On m’incite seulement à analyser mes comportements, mes sensations, et à ajuster mes réactions en conséquence. C’est quand même vachement plus intéressant. 

Ce qui est difficile, cependant, c’est d’expliquer la démarche à certains. De subir les regards des filles au boulot qui bouffent leur blanc de poulet sans légumes, et condamnent ma petite salade et mon éclair au café. Les remarques: « ah ben, oui, ça fait régime mais ça mange une pâtisserie ». Tenter d’expliquer que c’est plus complexe que cela, que ce n’est pas un régime. Casser la conviction que ce n’est qu’une question de volonté, qu’il n’y a pas de mauvais aliments, etc etc

Et surtout, dépasser le fait que, même si je suis convaincue, j’ai toujours au fond de moi une petite voix qui s’étonne que l’on ne me rétorque pas que je suis grosse et donc mal placée pour exposer mes opinions nutritionnelles à des filles qui, elles, parviennent à être minces. Je sais très bien que c’est le genre de contre-argument qu’à leur place, je soulèverais. Mais je crois que je peux être un peu violente,et sans limite, moi, pour défendre une idée ^^

Courage, fuyons!

J’ai lu ce week-end, dans le Nouvel Obs, un article sur « le travail qui rend malade »: burn-out, harcèlement moral, etc… Malheureusement, cela m’a ramenée à des choses très quotidiennes, et à des interrogations, constantes, ces derniers mois.

Car oui, je ne suis pas certaine que mon environnement professionnel soit très sain. Je ne sais pas si je litote ou si j’euphémise, mais je bouillonne, à coup sûr!

J’ai, je pense, un peu de caractère. D’aucuns vont prétendre que je manque de confiance en moi, mais c’est plus personnel, assez peu professionnel: j’ai globalement une assez bonne conscience, il me semble, de ce dont je suis capable intellectuellement et professionnellement. J’ai eu mon bac avec un an d’avance, je n’ai pas trop galéré à la fac, mes stages, mes investissements associatifs ou politiques, mes premiers jobs se sont toujours bien passés, j’ai mené à bien mon doctorat. Bref, sans être première de classe, j’ai toujours su que j’avais certaines facilités.

Et puis je suis entrée à l’Ecole d’avocats. Stage et première collab, difficile à vivre parfois, de l’injustice, mais bon… je pouvais faire face. Une collab de quelques mois ensuite, prévue dès l’origine à durée limitée, qui m’a permis de prendre de l’assurance.

Depuis septembre, nouvelle collaboration. L’enfer.

Un premier point: la plupart des jeunes avocats est collaborateur libéral: nous travaillons pour un cabinet, qui nous « sous-traite » une part des dossiers, contre une rétrocession d’honoraires mensuelle. Nous avons un contrat de collaboration, mais nous ne sommes pas salariés: notre temps de travail n’est pas limité, nous cotisons pour les autres mais ne bénéficions pas des assedics, nous n’avons 16 semaines de congès mat que depuis peu … En échange de cette précarité, nous devrions avoir une certaine liberté, liée à notre statut de profession libérale, et pouvoir notamment constituer notre clientèle personnelle.

En vrai, c’est souvent plus violent.

Mon patron actuel est tyrannique. Il considère, par exemple, qu’il est scandaleux que je ne vienne pas travailler chaque week-end.

Entendons nous bien: bien sûr que si un dossier l’exige, je finis mes conclusions le samedi, je ne compte pas mes heures. Lui en fait une question de principe: il ne comprend pas que l’on ne soit pas là tous les week ends. Finir quelque chose de chez soi, cela ne lui convient pas: il faut être là, le cul vissé à sa chaise, pour lui donner la satisfaction de jouir de son petit pouvoir. De même, alors que  nous arrivons le matin entre 9 heures et 9 heures 30, nous quittons le cab au plus tôt vers 20 heures 30, et au moins une fois par semaine entre 22 heures et minuit.

Nous ne restons pas tard pour travailler nos dossiers: jeune avocate, je peux admettre être lente sur certains dossiers, et devoir travailler plus que quelqu’un d’expérimenté. Non, je dois rester parce qu’il ne se décide à relire nos écritures, généralement, qu’au dernier moment. Il faut alors rester assise dans son bureau, pendant qu’il relit. Vraiment. Interdiction de s’éloigner. Deux fois sur trois, mes tentatives pour m’éclipser se soldent par un rageur « restez assise ». Il faut ensuite reprendre sur le doc word les modifs qu’il a faites au crayon, les assistantes étant parties depuis belle lurette.  Supporter ses remarques misogynes. Son ton sentencieux et paternaliste. Ses colères, parce que l’on n’a pas écrit exactement ce qu’il avait en tête.

C’est d’autant plus injuste que l’on ne peut pas évoquer le dossier au préalable avec lui. Il refuse de répondre à mes questions en me disant que je dois travailler plus que lui et réfléchir. Puis il réécrit tout, au mot près, et remplace mes « cependant » par des « pourtant ». Il ne le réécrit pas parce que c’est mauvais: il fait pareil à l’avocate qui bosse depuis 12 ans avec lui, ou à celle qui a 15 ans de barre: il réécrit tout comme un chien pisse sur un arbre: pour marquer son territoire. Pour nous donner la preuve de son pouvoir.

Vous allez me dire, pourquoi accepter de rester tard le soir? Pourquoi ne pas s’imposer?

Je le fais. Je lutte. Je pars tôt parfois (à 20 heures^^). Je refuse de revenir travailler le week end.

Dans ce cas, je le paie par 15 jours de torture. Des sms tard le soir me reprochant la qualité de mon travail. Des hurlements. Son mépris affiché devant les clients (« elle a préparé ce mandat, mais je n’ai pas pu relire ce truc, regardez quand même »). Il fait dans ce cas exprès de ne relire ce que je lui soumets que le vendredi à 21h, pour que je sois contrainte, pour tenir les délais, de revenir finir le week end.

Pourquoi ne pas lui dire d’aller se faire foutre?

Parce qu’il peut me virer. S’il me vire, j’ai un préavis de trois mois, puis plus rien, pas de filet de sécurité, pas d’assedics. Seulement mes économies. Je l’ai déjà vécu l’année dernière, et cela me fait flipper.

Alors je tiens. J’essaie. Jusqu’à ce que je trouve ailleurs.

En attendant, nous sommes le 21 mai, et je n’ai toujours pas touché ma rétrocession d’honoraires d’avril. Je pleure chaque jour, je bouffe toute mon énergie à contenir ma colère et à ne pas me laisser aller à ma rage, face à lui. Par miracle, merci docteur Zermati, j’arrive à ne pas me venger sur la nourriture. En revanche, je suis épuisée, je ne parviens plus à me concentrer, je n’ai aucune patience avec mes amis ou ma famille, je me plains, je prends tout mal, je me torture pour chaque remarque qui me semblerait peu amène, pour chaque marque de ce que j’interprète comme de l’indifférence.

C’est extrêmement déstabilisant de me sentir aussi démunie. Malgré une tendance  à être trop sensible, j’ai toujours pensé pouvoir affronter à peu près n’importe quoi, .

Là, pourtant, j »ai le sentiment que ma vie ne m’appartient plus.

Quand tes kilos contaminent ton argent.

Je ne voulais plus parler poids et grosseur en ces lieux. J’avais l’impression de me réduire à cette question, ce qui est d’autant plus incohérent que je suis plutôt fière, depuis que je consulte le docteur Zermati, d’apprendre à ne plus voir tourner ma vie autour de la nourriture et du poids. Me sentir libérée, ne plus être obsédée par ce que j’ai avalé, ce que je vais avaler, ne plus peser mes 100 gr. de viande, ne plus culpabiliser pour ce que je mange ou ne mange pas, me libérer de cette pression.

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Mais voilà l’objet du délit, la source de mon énervement.Ce (ravissant, isn’t it?) perfecto Kookai en coton.

Cet après-midi, pleine d’entrain, anticipant à la fois l’anniversaire de ma mère, et la fête des mères, qui vont cumulativement occuper mon premier week end de juin, je me suis en effet jetée dans la foule d’un samedi aux Galeries Lafayettes (Haussman, bien sûr).

Parcourant les rayons, je croise ce petit blouson qui m’avait déjà fait de l’œil en avril dans la vitrine du magasin Kookai de la Rue de Rennes. Ayant de toutes façons déjà beaucoup trop dépensé en cadeaux pour ma Môman, je me dis, au point où j’en suis, essayons le. Je cherche donc la plus grande taille disponible: je trouve un 42.

Je crois d’ailleurs, au passage, si la plus grande taille disponible dans les magasins était le 54, j’essaierais le 54, persuadée à la longue que la plus grande taille sera toujours celle qui m’ira le mieux.

Sauf que voilà…Dans le 42, mes épaules entrent, mes bras sont justes, et mes seins débordent incontestablement. J’ai donc demandé aux vendeuses si elles avaient un 44.

Les vendeuses, deux jeunes filles absolument adorables, m’expliquent, confuses, que non, ce modèle s’arrête au 42. Mais qu’elles ont quelques modèles de jeans en 44.

Merci, c’est gentil, je sais bien que ce n’est pas de leur faute, mais c’est quand même relou, Moi c’est ce blouson là que je veux, et que je ne vois pas pourquoi je laisserais mon argent à une marque qui ne consent qu’à à me faire l’aumône de quelques modèles dans ma taille.

Passablement énervée, je traîne dans les rayons, jusqu’à arriver au  « bar à culottes Avant-Première », la marque distrib des Galeries Lafayettes. « Bar à culottes »… Passons…Plein de petites choses très mignonnes donc, et une offre type « trois culottes pour 19 €.

Aguerrie par des années d’expérience, je ne me lance pas dans une fouille en règle des bacs sans demander à la vendeuse quelle est la plus grande taille disponible.

L, me dit-elle. Mais ils ont deux modèles qui taillent grands, elle veut bien me montrer.

Ben non, je ne veux pas voir. Je ne vois pas pourquoi je n’aurais le droit qu’à deux modèles, là où les autres filles feront leur choix parmi quinze modèles. Qu’ils aillent se faire foutre, avec leurs trucs sordides dans des couleurs ternes! Moi aussi, malgré mon gros cul, je veux pouvoir acheter les petits trucs de toutes les couleurs. Voire même des trucs en tulle avec des petits cœurs dessus, oui. Quoique…

Donc, j’ai planté là la vendeuse de sous vêtements.

Je ne vais pas revenir sur les déclarations d’Abercrombie, qui ne veut pas de gros dans son magasin, pour ne pas nuire à son image de marque. Les cons, ça ose tout, c’est même à cela qu’on les reconnaît. Abercrombie ose afficher des positions ineptes, cela laisse peu de doutes sur l’intérêt de la marque.

Cette position est pourtant, en pratique, partagée par la plupart des marques. The kooples, Maje, Sandro, Tara Jarmon, Comptoir, etc appliquent exactement la même politique: des fringues taillées petit, jusqu’au 42 max. Parce que du Maje en 44/46, c’est mal, ça enlève tout sex appeal à la marque.

Parfois, on nous fait l’aumône de quelques modèles ennuyeux ou classiques en XL ou 95E. Le truc top en vitrine, c’est pas pour toi, toi la grosse tu es priée de te cacher dans un truc beige, ou noir.

Alors, oui, je suis énervée.

Intellectuellement, je ne saisis pas ce qui justifie cette discrimination, uniquement pour la taille XL. Mango regorge de tailles 0. Que l’on me dise que le 38- 40 est la norme, je veux bien l’entendre. Que l’on tente de me faire croire que des hordes de femmes s’habillent en taille 0, et j’ai déjà un peu plus l’impression qu’on me prend pour une conne.

Si voir leurs vêtements portés par des gens qui ne correspondent pas à la norme esthétique déprécie l’image de certaines marques, pourquoi ne le faire ressentir qu’aux grosses?

Allons au bout du raisonnement! Tu as 15 ans et des boutons plein la tronche? Que l’on t’accueille à coup de pierres chez Abercrombie! Pas de mannequin torse nu pour toi et ta face de clafoutis  Hors de question que tu nuises à ces sweat shirt en les mettant sur ton dos boutonneux! Tu as les sourcils d’Emmanuel Chain ? Que l’on te boute hors d’APC, il manquerait plus que ta tête simiesque vienne gâcher ces si originales robes taupes!

Au-delà de l’agacement et du sentiment de rejet que je peux ressentir personnellement, je suis très énervée par la bêtise de ces politiques. C’est, plus que tout, cette bêtise qui me met en colère. On peut me parler de norme esthétique, de critères de beauté. Mais justement il en va de la norme, comme de la tradition: à tout le moins, on l’interroge. Parfois, on la remet en cause. De temps à autres, il faut la foutre en l’air. En tout état de cause, on ne s’y soumet pas au seul motif que « c’est comme ça », on ne l’interriorise pas sans la questionner.

Voilà, c’est cela qui me choque: que l’on tente d’imposer une norme absolue et sacralisée dans un domaine aussi subjectif que la beauté et l’esthétisme. Que l’on oublie la subjectivité inhérente à la question.

Oui, actuellement, pour entrer dans les normes de beauté, il faut être mince, c’est incontestable, et je ne le remettrai pas en cause: pour la majorité des gens, minceur et beauté sont corrélées. C’est une norme majoritairement admise, mais ce n’est pas une vérité absolue, incontestable, intangible.

Sauf que pour certains, la laideur inhérente à mon surpoids est une vérité tellement incontestable que le simple fait de me laisser porter leurs fringues les rendraient moches. Violent, quand même.