Quand tes kilos contaminent ton argent.

Je ne voulais plus parler poids et grosseur en ces lieux. J’avais l’impression de me réduire à cette question, ce qui est d’autant plus incohérent que je suis plutôt fière, depuis que je consulte le docteur Zermati, d’apprendre à ne plus voir tourner ma vie autour de la nourriture et du poids. Me sentir libérée, ne plus être obsédée par ce que j’ai avalé, ce que je vais avaler, ne plus peser mes 100 gr. de viande, ne plus culpabiliser pour ce que je mange ou ne mange pas, me libérer de cette pression.

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Mais voilà l’objet du délit, la source de mon énervement.Ce (ravissant, isn’t it?) perfecto Kookai en coton.

Cet après-midi, pleine d’entrain, anticipant à la fois l’anniversaire de ma mère, et la fête des mères, qui vont cumulativement occuper mon premier week end de juin, je me suis en effet jetée dans la foule d’un samedi aux Galeries Lafayettes (Haussman, bien sûr).

Parcourant les rayons, je croise ce petit blouson qui m’avait déjà fait de l’œil en avril dans la vitrine du magasin Kookai de la Rue de Rennes. Ayant de toutes façons déjà beaucoup trop dépensé en cadeaux pour ma Môman, je me dis, au point où j’en suis, essayons le. Je cherche donc la plus grande taille disponible: je trouve un 42.

Je crois d’ailleurs, au passage, si la plus grande taille disponible dans les magasins était le 54, j’essaierais le 54, persuadée à la longue que la plus grande taille sera toujours celle qui m’ira le mieux.

Sauf que voilà…Dans le 42, mes épaules entrent, mes bras sont justes, et mes seins débordent incontestablement. J’ai donc demandé aux vendeuses si elles avaient un 44.

Les vendeuses, deux jeunes filles absolument adorables, m’expliquent, confuses, que non, ce modèle s’arrête au 42. Mais qu’elles ont quelques modèles de jeans en 44.

Merci, c’est gentil, je sais bien que ce n’est pas de leur faute, mais c’est quand même relou, Moi c’est ce blouson là que je veux, et que je ne vois pas pourquoi je laisserais mon argent à une marque qui ne consent qu’à à me faire l’aumône de quelques modèles dans ma taille.

Passablement énervée, je traîne dans les rayons, jusqu’à arriver au  « bar à culottes Avant-Première », la marque distrib des Galeries Lafayettes. « Bar à culottes »… Passons…Plein de petites choses très mignonnes donc, et une offre type « trois culottes pour 19 €.

Aguerrie par des années d’expérience, je ne me lance pas dans une fouille en règle des bacs sans demander à la vendeuse quelle est la plus grande taille disponible.

L, me dit-elle. Mais ils ont deux modèles qui taillent grands, elle veut bien me montrer.

Ben non, je ne veux pas voir. Je ne vois pas pourquoi je n’aurais le droit qu’à deux modèles, là où les autres filles feront leur choix parmi quinze modèles. Qu’ils aillent se faire foutre, avec leurs trucs sordides dans des couleurs ternes! Moi aussi, malgré mon gros cul, je veux pouvoir acheter les petits trucs de toutes les couleurs. Voire même des trucs en tulle avec des petits cœurs dessus, oui. Quoique…

Donc, j’ai planté là la vendeuse de sous vêtements.

Je ne vais pas revenir sur les déclarations d’Abercrombie, qui ne veut pas de gros dans son magasin, pour ne pas nuire à son image de marque. Les cons, ça ose tout, c’est même à cela qu’on les reconnaît. Abercrombie ose afficher des positions ineptes, cela laisse peu de doutes sur l’intérêt de la marque.

Cette position est pourtant, en pratique, partagée par la plupart des marques. The kooples, Maje, Sandro, Tara Jarmon, Comptoir, etc appliquent exactement la même politique: des fringues taillées petit, jusqu’au 42 max. Parce que du Maje en 44/46, c’est mal, ça enlève tout sex appeal à la marque.

Parfois, on nous fait l’aumône de quelques modèles ennuyeux ou classiques en XL ou 95E. Le truc top en vitrine, c’est pas pour toi, toi la grosse tu es priée de te cacher dans un truc beige, ou noir.

Alors, oui, je suis énervée.

Intellectuellement, je ne saisis pas ce qui justifie cette discrimination, uniquement pour la taille XL. Mango regorge de tailles 0. Que l’on me dise que le 38- 40 est la norme, je veux bien l’entendre. Que l’on tente de me faire croire que des hordes de femmes s’habillent en taille 0, et j’ai déjà un peu plus l’impression qu’on me prend pour une conne.

Si voir leurs vêtements portés par des gens qui ne correspondent pas à la norme esthétique déprécie l’image de certaines marques, pourquoi ne le faire ressentir qu’aux grosses?

Allons au bout du raisonnement! Tu as 15 ans et des boutons plein la tronche? Que l’on t’accueille à coup de pierres chez Abercrombie! Pas de mannequin torse nu pour toi et ta face de clafoutis  Hors de question que tu nuises à ces sweat shirt en les mettant sur ton dos boutonneux! Tu as les sourcils d’Emmanuel Chain ? Que l’on te boute hors d’APC, il manquerait plus que ta tête simiesque vienne gâcher ces si originales robes taupes!

Au-delà de l’agacement et du sentiment de rejet que je peux ressentir personnellement, je suis très énervée par la bêtise de ces politiques. C’est, plus que tout, cette bêtise qui me met en colère. On peut me parler de norme esthétique, de critères de beauté. Mais justement il en va de la norme, comme de la tradition: à tout le moins, on l’interroge. Parfois, on la remet en cause. De temps à autres, il faut la foutre en l’air. En tout état de cause, on ne s’y soumet pas au seul motif que « c’est comme ça », on ne l’interriorise pas sans la questionner.

Voilà, c’est cela qui me choque: que l’on tente d’imposer une norme absolue et sacralisée dans un domaine aussi subjectif que la beauté et l’esthétisme. Que l’on oublie la subjectivité inhérente à la question.

Oui, actuellement, pour entrer dans les normes de beauté, il faut être mince, c’est incontestable, et je ne le remettrai pas en cause: pour la majorité des gens, minceur et beauté sont corrélées. C’est une norme majoritairement admise, mais ce n’est pas une vérité absolue, incontestable, intangible.

Sauf que pour certains, la laideur inhérente à mon surpoids est une vérité tellement incontestable que le simple fait de me laisser porter leurs fringues les rendraient moches. Violent, quand même.

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3 réflexions sur “Quand tes kilos contaminent ton argent.

  1. « Oui, actuellement, pour entrer dans les normes de beauté, il faut être mince, c’est incontestable, et je ne le remettrai pas en cause: pour la majorité des gens, minceur et beauté sont corrélées. C’est une norme majoritairement admise, mais ce n’est pas une vérité absolue, incontestable, intangible.

    Sauf que pour certains, la laideur inhérente à mon surpoids est une vérité tellement incontestable que le simple fait de me laisser porter leurs fringues les rendraient moches. Violent, quand même. »

    Violent, oui, mais tellement juste!!!!

  2. Bonjour Marie, je découvre ton blog et j’aime bien ce que tu écris ainsi que ta façon de l’écrire, mais dis, c’est écrit super petit!!! (ben oui, moi aussi j’ai un gros cul (mais je trouve mon bonheur chez sans complexe) mais aussi une vue pas terrible et j’ai dû froncer les sourcils pour arriver au bout de ton coup de gueule, que je partage à 200%)
    et aussi pour moi, le 44 c’est presque une petite taille … 😦

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